Où sont les gens ?

Photos d‘Isabelle thiebault

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Le rapport d’Un Centre Ville Pour Tous sur la Rue de la République

Le billet de blog de Lagachon à l’occasion de sa présentation publique.

Une exposition « Manifeste de la République » du collectif PØULP dans les locaux de Marseille 3013 (58, rue de la République)

Et la même question, où sont les gens ?

 

Le promeneur des Docks Village

L’immeuble des Docks a fait l’objet d’une importante rénovation destinée à accueillir de nouveaux commerces. Un pan de la façade extérieure et surtout l’intérieur des lieux ont été réaménagés. La presse et les blogs locaux y ont consacré de nombreuses visites. Les débats ont même été prolongés sur twitter. Certains d’entre nous étaient a priori critiques à l’encontre d’une opération commerciale de plus et des choix architecturaux tels qu’on pouvait les voir dans les premières photos. Évidemment, il a fallu se plier à l’injonction de devenir « visiteur » dans sa propre ville, et se rendre sur place afin de ne pas se voir reprocher de « juger avant de voir ». @Soul Brotha a bien voulu se plier à l’exercice d’envoyé spécial de la marseillologie sur ce théâtre d’opération. Précision : ce promeneur de la Joliette d’un jour ne découvrait pas seulement le nouvel aménagement du bâtiment, mais il y venait pour la première fois, tout court. Pour une comparaison avec l’impression de l’ancien lieu, on organisera peut-être une contre-visite. En attendant, on vous laisse découvrir son débrief.

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Ce samedi marquait l’ouverture des Docks Village, la nouvelle galerie située sur la place de la Joliette, en face des Terrasses du Port. Je me suis décidé à aller y faire un tour, après tout cela faisait au moins six mois que l’on n’avait plus inauguré de centre commercial, enfin, de lieu de vie.

Un coup de tramway suffit à me retrouver à l’entrée de la Joliette (que cette Ligne 3 est pratique quand on a la flemme de prendre le métro… !). Il y a du monde. Une jeune fille me distribue des coupons de réduction pour les enseignes de la rue de la République, préfigurant l’accentuation d’une concurrence qu’on imagine déjà féroce dans le secteur. Pendant ce temps, des ballons marqués de la date et de l’événement sont distribués aux enfants à l’entrée des Docks.

Premier constat, en arrivant : cet endroit est superbe. Articulé autour de quatre grandes places (toutes décorées avec soin de façon thématique) liées par de larges coursives blanches. On se trouve dans un site qui en jette, clairement pensé pour flâner même si la circulation devient plus laborieuse en cas de grande affluence. Ces places sont vraiment impressionnantes, presque monumentales en fait. La seule crainte architecturale vient du fait que le bâtiment soit traversant, ça fait du courant d’air ! Samedi fut une journée très douce mais il y avait déjà du vent devant les voies d’accès. Il faut espérer que les architectes ont pris leurs dispositions pour que ce lieu ne devienne pas un enrhumoir.

Une fois l’impression faite, on note que peu de magasins sont ouverts et leur contenu me semble quelque peu… anecdotique. Moins de 48 heures après ma visite, je serais bien en peine de vous dire ce que j’y ai vu ; quelques boutiques de vêtements, des échoppes pour se restaurer de façon plus ou moins exotique, deux salons de coiffure, un « café des ongles » (sic), un Four des Navettes et un certain nombre d’emplacements inoccupés. On comprend la volonté d’éviter au maximum les grandes franchises vues et revues pour privilégier un positionnement local. Jusqu’ici prédomine une grande impression de vide mais certains commerces n’étaient pas prêts pour le jour J.

Sinon, on peut noter qu’à l’instar des Terrasses du Port, il n’y a pas d’enseigne culturelle aux Docks Village. Les Marseillais devront continuer à acheter leurs disques, livres, films etc à la FNAC Centre Bourse, dans les librairies et disquaires indépendants ou sur Internet.

Ce qui m’a le plus déconcerté, finalement, c’est de voir à quel point les gens étaient peu voire pas du tout intéressés par la proposition commerciale. J’ai l’impression que tout le monde est surtout venu pour découvrir le lieu, se l’approprier, totalement par curiosité. Beaucoup de photos ont été prises (un petit tour sur Instagram suffira à vous en convaincre), mais je ne sais pas si beaucoup de choses ont été vendues ce samedi.

Il faudra faire une seconde visite des Docks Village quand tout sera opérationnel, quand le buzz sera redescendu et quand il y aura moins de monde (j’ai, par exemple, su plus tard qu’un deuxième niveau est prévu, on n’y avait pas accès samedi). On observera le positionnement « vie de quartier » avec un marché bio et plusieurs restaurants ouverts. Pour l’instant, je retiens surtout la beauté du site et le vide relatif des galeries commerciales.

Ayant fini ma visite, je suis resté quelques minutes pensif devant un panneau à la gloire de Marcel Pagnol, placé là, on ne sait pas trop pourquoi.

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Je me suis soudainement dit que la requalification des Docks aurait pu bénéficier à l’ouverture d’une formidable salle de cinéma. Dans ce site spacieux, bien desservi et situé en face d’un grand centre commercial, ça aurait eu du sens.

Et pour le coup, ça aurait été un véritable lieu de vie.

 

Quand on perd son sang froid à cause du Hard Rock

Article publié sur le blog de lagachon, co-fondateur de la Nouvelle Société Savante de Marseillologie

Le Hard Rock menace de fermer et les commerçants d’Estienne d’Orves demandent un « plan Marshall » pour la place. Au secours ! S’il n’y avait pas autant d’emplois en jeu, on aurait presque envie de rire. Il faut quand même oser s’indigner des difficultés économiques d’un établissement qui ressemble de plus en plus à une opération immobilière douteuse ! Quant à réclamer un plan Marshall dans une ville où des quartiers sont vraiment abandonnés, un peu de décence bordel !

« D’abord il y a l’aîné, celui qui a un gros nez »… ou un faux nez en fait ! Le Hard Rock. J’ai des doutes sur le projet depuis longtemps, après avoir cru que le groupe Hard Rock pensait ouvrir le fameux Casino, j’ai compris qu’il s’agissait d’une licence. La Marseillaise parle d’ambition démesurée, je pense que le mot est faible, et si M.Pleindoux m’a d’abord semblé un peu brave pour prendre ce risque, j’ai de plus en plus l’impression qu’il s’agit d’une arnaque. Cette affaire ne sent pas bon, j’espère pour tout le monde que tout est en règle et qu’il ne s’agit que d’un mauvais calcul, mais mon mauvais esprit me pousse à dire qu’on devrait aller voir dans le détail combien a été racheté ou loué le parking ? à qui ? quelle est la nature de l’argent qui a servi aux travaux ? les emplois ont-ils bénéficié d’une aide x ou y ? Et surtout rester vigilant sur les gens qui viendront racheter l’ensemble quand les difficultés auront mené le hard rock à fermer parce que c’est comme ça que ça va se passer. Qui fera une plus-value à la revente ou au changement de bail ? Je n’ai aucune réponse, mais comme je disais il y a 3 ans, ça vaut le coup de se poser les questions. Ça c’est pour le Hard Rock, et comme je dis, s’il n’y avait des employés qu’on a probablement pris pour des anglais, ça prêterait à sourire. Et pour tout dire, sa disparition ne me chagrine pas parce que ce n’est pas le genre d’endroits que j’ai envie de trouver dans le centre-ville.

« Et puis y’a les autres… la mère qui ne dit rien ou bien n’importe quoi ! », mais alors vraiment n’importe quoi ! Pourtant eux, j’ai envie de les aider parce qu’on a besoin de petits commerçants en centre-ville, c’est eux qui font que se promener à Estienne d’Orves est mille fois plus sympa que d’aller dans un centre commercial lambda. Par contre, mesdames et messieurs les commerçants, attention à ne pas tout confondre !

La mode des Grenelles est passée, alors maintenant vous tapez au dessus, carrément un plan Marshall ! Au moins ça ! Et ça m’énerve parce que c’est révélateur d’une ville qui en appelle aux pouvoirs (et à l’argent) publics dès que ça va mal, et parce que ça frise l’indécence ! Qu’on parle d’un plan Marshall pour les Quartiers Nord, pour la Belle de Mai (je rappelle qu’on a le quartier le plus pauvre de France à Marseille) pourquoi pas, mais pour Estienne d’Orves ! A ce moment-là quand on aura fini, je veux bien un Plan Marshall pour ma cage d’escalier parce qu’une ampoule a grillé et qu’un coup de peinture ferait du bien.

Je ne veux pas dire qu’il ne faut rien faire du tout et que le Cours est parfait. Mais j’aimerais bien que les commerçants du centre commencent par se demander ce qu’ils peuvent faire eux avant de venir réclamer dans l’exagération que de l’argent public vienne régler tous leurs problèmes. Surtout quand je lis que les commerçants de cette place déclarent être ignorés des touristes…

J’ai des souvenirs qui me reviennent et je me dis que moi aussi on me prend pour un anglais… Notamment cet été, un soir à 22h, nous sommes trois et le patron nous dit « non, j’arrête de servir parce que j’ai trop chaud ! »… Trop chaud ! Je pense que je ne suis pas le seul à s’être fait jeter d’un restau dans ce quartier parce que c’est plein ou trop tard. J’admire les gens capables de préférer fermer pour aller profiter de la vie qui ne peut pas être faite que du travail. Mais quand ils viennent ensuite te raconter qu’il leur faut pas un coup de pouce mais un fucking plan Marshall parce que les touristes les ignorent ! Là je me dis qu’il faut pas pousser !

Le plan Marshall c’est déjà de prendre tous les clients tant qu’il y en a ! Et de leur servir des trucs à un rapport qualité/prix raisonnable ! J’étais à Naples en septembre, autant dire que les rues ne sont pas franchement plus propres ou mieux entretenues qu’au Cours Estienne d’Orves, que le sentiment de sécurité y est équivalent mais en attendant, 1) c’est  bon à manger, 2) à des prix raisonnables, et 3) jamais un restaurateur ne renvoie de client ! Même à minuit ! Alors forcément, il y a du monde.

Donc oui, il y a des choses à faire, mais attention de ne pas se tromper : ce n’est pas la mairie qui donnera envie d’aller en centre-ville (la mairie ne donne envie de rien de toute manière), ce sont les commerçants eux-mêmes ! Et encore une fois, c’est pas pour des enseignes comme le Hard Rock que les gens viennent en ville (la preuve), ni à Marseille ni dans le reste de l’Europe. En ville on vient chercher l’authentique, la qualité, le cachet… ceux qui aiment les Hard Rock ont déjà la Valentine et Plan ! Par contre, il y a une clientèle de centre-ville, qui va parfois plusieurs fois au restau par semaine (oui oui), et qui préfère aller dans des endroits où c’est bon et à des prix raisonnables. Je sais de quoi je parle.

Et soyez cool aussi, faites des trucs originaux ! Des soirées, des événements, des choses qui sortent de l’ordinaire, et demandez surtout pas conseil à la mairie ils vous feront une fête bleue ! Mais si une poissonnerie arrive à faire venir du monde derrière la Friche Belle de Mai, vous devez être capable d’animer votre belle place à l’italienne avec accès métro et parking !

Moralité, que le Hard Rock ferme est juste une mauvaise nouvelle pour les employés, pour le reste, attention à ce que l’on demande ! S’il y a un plan Marshall à faire à Estienne d’Orves c’est dans les assiettes, sur les cartes et dans la mentalité de service. Et après ça, croyez moi, ce n’est pas 3 pavés mal rangés et quelques sacs poubelles éventrés qui nous empêcheront de venir ! On en a vu d’autres !