Une « candidature citoyenne à gauche » et les mots pour l’exprimer

Chaque lundi, la Nouvelle société savante de Marseillologie vous propose 2 600 signes sur l’Agora de Marsactu pour évoquer l’actualité politique, économique, sociale ou culturelle de la ville.

Cette semaine, la candidature à la candidature d’Olivia Fortin pour les Régionales.

La fondatrice de Mad Mars, pierre angulaire de la formation du Mouvement sans précédent à l’été 2019, devenu Printemps marseillais à l’automne, avant de l’emporter lors des élections municipales de mars-juin 2020 parviendra-t-elle à faire sortir la gauche régionale de l’hiver ? Confirmant sa « candidature à la candidature pour les régionales », Olivia Fortin exprime le souhait de « prendre la tête d’une liste au service d’un projet de gauche et d’écologie ». La directrice de l’Observatoire de l’efficacité de l’action publique de la Fondation Jean-Jaurès et adjointe au maire de Marseille en charge « de la modernisation, du fonctionnement, de la transparence et de la coproduction de l’action publique, et de l’open data » poursuivra-t-elle son ascension politique jusque là sans faute ?

Tendre d’abord « l’arc progressiste » de LREM aux écologistes en réunissant les opposants locaux à l’exécutif national sans s’aliéner la sympathie des soutiens du gouvernement ? Rallier ensuite les chefs de partis d’une gauche discréditée ? Puis, faire passer une coalition de gauche plurielle pour un signe de dépassement des partis ? S’inscrire dans la dynastie des Rastoin et apparaître, dans le même temps comme le symbole du renouvellement de la vie politique locale ? Battre, enfin, sur son terrain, la cheffe de file de la droite, héritière du pouvoir, et cumulant la présidence de la Métropole et du département ? Autant de défis relevés pour la cheffe d’entreprise qui s’attelle depuis à un challenge tout aussi redoutable : mettre en œuvre le vaste chantier de la « modernisation » de l’administration et de l’action municipale, que certains appelleront « programme de rationalisation » quand d’autres, moins pudiques, parleront de « remettre les agents au travail ».

Dans chacune de ses contradictions, Olivia Fortin pousse la cohérence des marqueurs de la recomposition de la configuration politique actuelle. Contradictions et recompositions toutes contenues dans ce titre de La Provence : « Olivia Fortin candidate citoyenne à gauche ». Dans une sorte de novlangue en patois marseillais sortie de 1984 : si tous les termes employés sont exacts, ils sont en tout point faux par ailleurs. « Candidate », elle l’est… à la candidature. Reste à obtenir le soutien des formations politiques, voire une investiture. « Citoyenne », assurément, mais parce qu’elle a bâti sa légende sur la fiction d’une porte-voix de la société civile quand Mad Mars agrégeait des trajectoires à la distance parfois faible avec les logiques et les appareils partisans. « Gauche », peut-être, mais laquelle et jusqu’où ?

*”Ne voyez-vous pas que le but du novlangue est de restreindre les limites de la pensée ? A la fin, nous rendrons littéralement impossible le crime par la pensée, car il n’y aura plus demots pour l’exprimer. Tous les concepts nécessaires seront exprimés chacun exactement par un seul mot dont le sens sera rigoureusement délimité. La Révolution sera complète quand le langage sera parfait.”

George Orwell, 1984


Gaudin en ses mémoires

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Cette semaine, la publication des mémoires de l’ancien maire.

Alors que le prétoire du tribunal de Marseille résonne des réquisitions contre les frères Guérini et tandis que le conseil municipal débat du premier budget de la nouvelle majorité, l’ancien monde frappe à une autre porte avec cette publication de Maintenant, je vais tout raconter signé Jean-Claude Gaudin. Le bilan n’est-il pourtant pas déjà établi ? On écoute quand même, une dernière fois, la sempiternelle évocation de la politique d’antan dont on se pince pour vérifier qu’elle a bien existé ainsi, avant de se mordre en constatant qu’elle est loin d’avoir disparu. Monsieur le maire honoraire de Marseille fait donc la tournée des médias parisiens et des bonnes feuilles sont publiées ici et . On s’en contentera.

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Touchez pas à la Plaine*

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Cette semaine, le carnaval de la Plaine et sa déflagration médiatico-politique.

Alors que sa réputation n’est plus à faire, le Carnaval indépendant de la Plaine, Noailles et des Réformés a suscité une indignation inédite. 6 500 participant·e·s selon la préfecture (qui a fait preuve, une fois n’est pas coutume, de générosité dans le compte) ont manifesté un sidérant relâchement des gestes barrières. Le port du masque et la distance physique pulvérisés dans une irruption du monde d’avant qu’on envisage dans un avenir de plus en plus lointain. Et le carnaval d’accomplir sa double fonction d’abolition et de renversement symbolique de l’ordre social. Certes, les preuves manquent pour considérer les rassemblements en plein air comme moments super-contaminateurs, mais comment ne pas avoir en tête la dégradation de la situation sanitaire et la saturation des services de réanimation en voyant ces images ? Et tandis que le maire évoquait la « profanation » du lieu de mémoire de la rue d’Aubagne, la droite locale fustigeait ces danseur·se·s costumé·e·s mais démasqué·e·s et qualifiait le carnaval « d’attentat sanitaire », accusant la majorité de laxisme et de complicité. La prophétie de M. Vassal voyant dans le Printemps marseillais un cortège de black blocks anisés se réalisait soudain.

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Deux frères

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Cette semaine, l’ouverture du premier procès Guérini.

Le tribunal correctionnel de Marseille examine cette semaine les faits reprochés à Jean-Noël Guérini, sénateur (depuis 1998), ancien président du Conseil général des Bouches-du-Rhône (1998-2015), ancien maire du Panier 2e secteur de Marseille (1983-1989, puis 1995-2001) et boss des socialistes du département au début du millénaire. Poursuivi pour prise illégale d’intérêts après 12 ans d’une enquête aux multiples ramifications tendant à prouver l’existence d’un « système Guérini », il est finalement délesté des charges les plus infamantes – et menaçantes sur le plan judiciaire – notamment celle d’association de malfaiteurs.

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Combien est votre blanquette ?

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Cette semaine, le déjeuner entre le maire et le Président.

Emmanuel Macron a partagé sa blanquette avec Benoit Payan mercredi dernier. Au menu, la crise sanitaire mais aussi les difficultés financières d’une ville contrainte et engagée à investir massivement dans ses écoles et son habitat indigne. Le premier magistrat est sorti rassuré du rendez-vous élyséen : « On a beaucoup parlé des écoles, un sujet sur lequel j’ai mis le chiffre de un milliard d’euros sur la table ». On ne sait pas si ce montant a été ramassé. Si le Président de la République a répété son attachement à Marseille, B. Payan est reparti en lui réclamant des « preuves d’amour ». 

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Le fini parti socialiste

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Cette semaine, une fédération socialiste des Bouches-du-Rhône qui poursuit la tradition.

En mars 2018, une éternité, l’Arlésienne N. Mebarek et le Marseillais Y. Ohanessian sont candidats à la fonction de premier secrétaire de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône pour succéder au Puechens et très guériniste J-D. Ciot. Il fallait tourner la page des défaites électorales, des compromissions judiciaires et de la tutelle de 2011. Mais le renouveau commence mal : seulement 1 300 militants votent au premier tour contre 11 000 déclarés au début des années 2010 et encore 3 600 officiellement inscrits. À ce déclin numérique s’ajoute la défiance. Y. Ohanessian décide de retirer sa candidature avant le second tour, mettant en cause sa concurrente qu’il soupçonne d’irrégularité. Marsactu relatait alors cette guerre d’égos et de cartes entre socialistes que rien n’oppose sur le plan des idées (il faut dire que comme les électeurs elles ne sont plus légion) et cite un responsable guériniste, mais néanmoins clairvoyant : « On n’existe même plus mais on continue à se mettre sur la gueule. On se bat pour une terre brûlée ».

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La vidéo sous surveillance

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Cette semaine, les polémiques entourant la vidéosurveillance.

La visite à Marseille du Ministre de l’Intérieur et le thème de la vidéosurveillance ont été l’occasion de passes d’armes entre élus locaux et gouvernement, ancienne et nouvelle majorité, municipalité et métropole… et entre Marsactu et le Printemps Marseillais (PM).

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La guerre territoriale est déclarée

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Cette semaine, les fractures institutionnelles révélées lors des conseils de territoire et métropolitain de mardi et jeudi dernier.

La seconde ère de la cohabitation métropolitaine – après la période 2008-2014 – a donc finalement commencé. Le réchauffement des positions a sans doute à voir avec le switch de décembre qui a vu B. Payan succéder à M. Rubirola peu encline à croiser le fer politico-institutionnel. Les séances du conseil de territoire Marseille-Provence (subdivision qui correspond aux frontières de l’anciennes intercommunalité) puis du conseil métropolitain cette semaine ont été l’occasion d’une première véritable mise à l’épreuve des conflits territoriaux. 

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Au conseil municipal, l’exercice du pouvoir symbolique

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Cette semaine, retour sur le conseil municipal de lundi 8 février.

Presque 12 heures de conseil municipal, « le plus long de l’histoire » selon le maire qui n’était pourtant pas, lui, prof d’histoire. Ce 1er conseil depuis son élection confronte son pouvoir à l’étendue et aux limites de son exercice symbolique. Il ne s’agit nullement de minimiser son influence, mais de qualifier un registre de ses attributions et de son expression.

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L’OM, la crise permanente, la ville


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Cette semaine la crise permanente qui secoue l’Olympique de Marseille et son intrication dans la ville 

Au moment d’écrire ses lignes, l’OM n’a pas encore logiquement perdu contre son rival parisien – c’était hier ne me dites rien – et n’a pas encore été vendu à un prince saoudien pour une somme avoisinant le total des dépenses d’investissement de la ville (450 M€). En revanche, son centre d’entraînement a été envahi samedi dernier par une centaine de supporters sous les yeux effarés des salariés du club, de l’entraineur de l’équipe première et des joueurs. Un entraîneur qui devait donner sa démission au cours d’une conférence de presse avant de se voir signifier sa mise à pied par sa direction. Si certains observateurs aiment à qualifier ces situations de « lunaires », avouez qu’on était là plus proches de la planète Mars (12e arrondissement). 

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