L’insulte raciste et ses rires

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Cette semaine, les propos racistes d’un président de club nautique en présence d’élu·e·s aphones ou hilares

Il faut entendre et retranscrire la parole raciste :


« – (…) ils ont fait simplement un rappel à la loi. Je veux dire… À un moment donné, ces melons….


-Il n’y a pas une volonté politique.


-Il n’y a pas une volonté politique pour dire ‘il faut les éradiquer’. On se fait marcher dessus. On se fait marcher dessus et cracher dessus. Voilà, les mecs, ils arrivent… Ils louent des jets, ils empêchent les autres de mettre à l’eau, ils vendent des bières, ils fument la chicha, ils pissent, ils caguent sur le parking… À un moment donné… Faut arrêter, quoi. À un moment donné, ça devient du n’importe quoi. Et tous les politiques, quel qu’ils soient… On dirait qu’il faut pas les toucher, qu’il faut pas ci, qu’il faut pas ça…  Alors, je ne suis pas raciste, mais… Là, y en a marre. Maintenant, tu ne peux plus rien faire sans que les Arabes viennent te faire chier. À un moment donné… Alors comme ils sont tous épargnés… (…) 

Le « je ne suis pas raciste, mais… » qui paraît déjà caricatural ne s’arrête pas là. Qu’est-ce qui l’en empêcherait ? Qui l’en empêcherait ? Pas l’élue du Printemps marseillais présente et qui expliquera son silence par le fait que « c’était [sa] première réunion » dans ce cénacle.

« En plus, que des melons, que des Arabes. Pas un blond, un blanc, un qui est bien comme il faut. Que des Arabes ! »

Le vice-président (LR) « Mer, Littoral, Cycle de l’eau » de la Métropole intervient : « Tu stigmatises. » Il faut entendre son détachement : « tu sti-gma-ti-ses », s’efforçant de citer un terme qui lui était étranger ; comme pris à l’ennemi. La force de l’ironie raciste, celle d’un blanc bien comme il faut. L’assistance ne s’y trompe pas. Elle rit, presque surprise, ravie du bon mot. Elle encourage l’orateur : 

« Non, je m’en fous. Je te dis ce que je pense. De toute façon, je te le dis franchement, le jour où il va falloir que les Français, ils réagissent et qu’il faut s’armer, je serai le premier à aller faire de la ratonnade, hein ». On entend plus discrètement le rire. Et quelqu’un : « de toute façon, ça ne peut plus continuer comme ça ». L’incitation au meurtre raciste dans une ville qui a connu la « ratonnade » ? Non : plutôt les « faits » générateurs. Des commentaires accompagnant l’article sur Marsactu aux déclarations d’une députée de la majorité le suggèrent : « oui, il y va fort, mais quand même… » « La race tue deux fois » écrit la sociologue Rachida Brahim : par le crime raciste, puis par le déni d’Etat. Dans une réunion du conseil portuaire de la Pointe Rouge, ce déni aura pris la forme lâche du silence et sournoise et franchement dégueulasse du rire.

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